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Réflexions sur les différents modes d'exercice de la contactologie

contactologie & consultation posture professionnelle & santé visuelle Oct 30, 2026

Activité contactologie en cabinet d'ophtalmologie, en magasin, en indépendant, un professionnel opticien-optométriste peut pratiquer selon différents modes d'exercice la contactologie, et chacun a ses particularités !

Par Marina Barthe

 

Il y a quelques semaines, j'ai eu l'honneur de participer un week-end à un événement qui a regroupé environ 70 professionnels qui pratiquent la contactologie dans leur quotidien, en très grande majorité en cabinet d'ophtalmologie, comprenant des opticiens-optométristes et des orthoptistes.

Plusieurs thèmes ont été abordés en atelier ou en off, mais un a suscité de vifs débats => le parcours de l'équipement lentille : le premier rendez-vous, la gestion du suivi et son timing associé, la manipulation des lentilles. Et force est de constater qu'il n'y a pas une seule méthode de pratique avec un : « c'est moi qui fais le mieux », mais qu'au fond, on fait la même contactologie technique, et la prise en charge du patient sera différente en fonction de la volonté du praticien et surtout de son cadre d'exercice.

Et pour avoir pratiqué plusieurs années dans différents cadres, j'ai personnellement fait mon tour sur la question.


 

Aller vite n'est pas forcément bâcler

J'ai entendu parler de premiers rendez-vous, de pré-équipement en lentille de contact fait en 15 minutes ou 20 minutes ou 30 minutes, là où d'autres professionnels peuvent prendre 45 minutes ou une heure. Ceux qui prennent une heure au premier rendez-vous se disent : « Whaaaaat ? 20 minutes, c'est bâclé ! » Et ensuite, ceux qui prennent 20 minutes disent de ceux qui prennent une heure que ce sont des« mou-du-genou, mais que font-ils pendant tout ce temps ? » 

En réalité, ceux qui prennent 20 minutes s'appuient déjà sur une consultation ophtalmologiste réalisée précédemment. Plusieurs mesures sont déjà prises, un dépistage est fait, la réfraction est faite. Il s'agit, après, du choix du praticien, de uniquement faire des mesures complémentaires ou refaire une réfraction plus appropriée à la lentille de contact, par exemple. Donc forcément, le timing ne sera pas le même. Mais au final, entre un patient qui vient pour deux rendez-vous, un premier rendez-vous ophtalmo puis un premier rendez-vous contactologue, quand on cumule les deux rendez-vous, ça fait... #2RDV #2FACTURATIONS

 


 

Prendre 45 minutes, une heure n'est pas synonyme de se tourner les pouces
#1RDV #1FACTURATION

On retrouve ce timing-là dans un exercice de contactologie en indépendant ou magasin d'optique, tout simplement car on va découvrir de A à Z son porteur et qu'on ne dispose pas de secrétariat. La personne peut venir pour un premier équipement lentille torique, ou une lentille kératocone qui ruine sa cornée, ou une lentille rigide mal équipée. Le challenge de la consultation ne sera alors pas le même. Tout l'enjeu va être de comprendre le pourquoi du comment la personne est arrivée là, prendre le maximum d'informations qui va nous servir pour trouver une solution au porteur, lui expliquer, prendre les prochains rendez-vous, réaliser la facturation. Et tout cela, ça prend du temps ! Beaucoup plus que quand on a un travail déjà mâché ! Donc en fait, c'est normal.. Et finalement, un long RDV est assez équivalent à 2 RDV courts !

 


 

Et le back office ?

Là aussi les deux modes de pratique n'auront pas le même timing de back office. Le back office, c'est toute la gestion administrative liée aux consultations de contactologie, le maintien de sa bonne structure et le pilotage de son activité. En cabinet, la réalisation d'un document de lentille d'essai pour que l'opticien puisse commander les lentilles se fait rapidement au moment du rendez-vous ou, s'il besoin de réfléchir sur le dossier, un peu plus tard par mail. Tu peux envoyer quelques mails au service technique des laboratoires et établir le document de commande lentille plus tard. Tu délègues à l'opticien la commande, la livraison et parfois même la manipulation.

Quand tu es indépendant ou en magasin, tu vas toi-même commander tes lentilles d'essai, mais aussi t'occuper de la livraison, le contacter, la prise de rendez-vous et l'accompagnement à la manipulation de la lentille. Tu vas aussi envoyer des comptes-rendus aux ophtalmologistes de suivi, de demande, gérer tous les suivis par mail. Gérer aussi le retour des lentilles, le respect des délais de retours de tes patients. Le back office de contactologie a donc lui aussi ses différences et il y a des avantages et des inconvénients à chacun. D'un côté une certaine simplicité et de l'autre accepter que notre réglementation bancale et inappropriée nous prenne plus de temps pour pouvoir être dans les clous, mais aussi moins d'erreurs car tu pilotes le parcours de A à Z. Et moins d'erreurs est aussi synonyme de gain de temps !

 


 

Les PVPP

 

Si tu ne connais pas ce terme, il signifie Pas Venu Pas Prévenu. Il s'agit d'un patient qui a un rendez-vous et qui te PLANTE sans te prévenir. Et ça, de mon expérience, il y a une nette différence entre les deux modes d'exercice.

Quand je travaillais en clinique, le nombre de PVPP est quotidien et plusieurs PVPP dans la journée. Il en devient stratégique de réduire le nombre de PVPP. Exemple, demander au secrétarat d'appeler tous les rendez-vous pour confirmation, ou faire du surbooking => ce qui fonctionne bien quand tu as des PVPP, mais il faut être à l'aise avec le fait d'assumer que tu as méga de retard si tout le monde vient au rendez-vous, et finir bien en retard aussi 🤣​🤣​🤣​🤣​

Je n'ai pas de chiffre à avancer, mais ma pratique en indépendante présente beaucoup moins de PVPP. Et ça, c'est un réel confort de praticien car pour assurer des protocoles de suivi en contacto, un PVPP, ça fout le bazar dans le protocole et dans le planning.

 


 

L'exigence du praticien (et du porteur)

 

Il y a une certaine réalité quand tu travailles en clinique. La posture liée à l'environnement permet souvent d'accepter ou tolérer des conditions non élémentaires qui pourraient être perfectibles, sans être toutefois délétères.

Je prends l'exemple d'une jeune fille de 20 ans équipée en Orthokératologie dans une autre ville, dans un centre ophtalmologique. Elle m'apporte son ancien dossier médical, ce qui me permet d'avoir son historique, ce qui est très confortable pour moi.

Je prends ses acuités visuelles, et je suis surprise !

AVSC OD : 6/10 - AVSC OG : 9f

RC OD : -0,75(-0,75)0° - RC OG : -0,25(-1,00)0°

Je parcours le dossier médical et m'aperçois qu'elle a toujours eu des acuités visuelles médiocres, mais on lui a dit que c'était OK et le maximum qu'ils pouvaient faire. Ainsi, les mêmes lentilles étaient toujours renouvellées, sans aucune modification de paramètres pendant 4 ans.

À noter l'astigmatisme cornéen sympa post-équipement OrthoK, en accord avec la RC

 

Après un premier essai infructueux pour écarter l'usure de la lentille et en y associant la prise de myopie potentielle (en regard de la RC sur lentille, et cohérence des kératométries avant et après équipement avec la réfraction de base), je lui propose d'entamer un rééquipement. Au final, avec une nouvelle géométrie de lentilles et ayant du cesser le port 1 mois de lentilles OrthoK, on a 12/10 monoculaire, et une parfaite correction de l'astigmatisme. Et :

Elle n'a plus mal à la tête en fin de journée ! 

La patiente m'avoue n'avoir jamais eu de prise en charge aussi complète et est hyper déçue d'avoir si mal vu pendant des années en tant qu'enfant, avec ces symptômes-là qu'elle a toujours pensé normaux et que maintenant, elle y voit trop bien.

 

Ce cas n'est pas isolé et je vous avouerai que la majorité de ma patientèle contactologie aujourd'hui vient me voir car ils n'ont pas réussi à trouver une lentille qui réponde à leurs besoins ou trouvent la prise en charge en contactologie souvent légère. Que ce soit d'une pratique issue d'un cabinet d'ophtalmologie ou même issue d'un magasin d'optique. Peu importe le lieu finalement, car là où se trouve la vraie différence, c'est au sein du praticien : sa formation, sa manière de prendre en charge, ses suivis, son accompagnement, son expertise. Personnellement, certains de mes confrères ou des contacts laboratoires me trouvent trop pinailleuse, et cherchant la perfection, mais c'est OK car je sais que quand on est en indépendant, ce que les patients recherchent, c'est qu'on puisse leur donner le top du top, quand cela est possible ! Je préfère nettement privilégier la qualité à la quantité, parce que cela correspond à mes valeurs humaines.

Mais parfois, malgré aussi toutes les compétences du praticien, il est aussi possible que les méthodes de pratique ne correspondent pas aux patients et que la prise en charge ne puisse pas se dérouler de manière harmonieuse. Parce qu'un équipement lentilles, c'est surtout une relation entre le praticien et son patient ! 

 


 

To conclude

 

Dans ce week-end, ce qui m'a le plus interpellé, ce n'est pas les différences de pratique, de timing, de suivi, c'est que j'ai entendu des praticiens pourtant bien dans leur prise en charge se comparer et se dire qu'ils ne font pas comme il faut, car machin fait ci, et truc fait ça. C'est bien et nécessaire de se remettre en question. Toutefois, il ne faut pas prendre pour vérité ce que chacun dit.

Le message que j'ai à faire passer, c'est que :

 

"Tu es le praticien, tu es libre de choisir l'organisation,
le protocole de suivi que tu veux adopter
et le temps nécessaire pour accompagner ton patient."

 

Ta pratique, c'est toi qui la construit, avec tes valeurs. Et on viendra te dire c'est trop long ou c'est trop court, bah accepte ce jugement, mais si tu estimes que tout ton taf est fait, que le patient a une bonne vision, un bon confort et un port sécuritaire avec respect de la surface oculaire, et que tu en es satisfait et ton patient aussi, eh bien c'est OK !

Et si tu lis cet article et que tu as du mal à bien structurer ton activité, j'ai créé une formation en ligne pour t'accompagner, quel que soit ton mode d'exercice, et t'aider à calculer tes honoraires de prestation afin que ta pratique soit viable. Parce qu'une pratique contacto, qu'elle soit réalisée en indépendant, en magasin d'optique ou en cabinet d'ophtalmologiste, elle se doit d'être viable pour pouvoir durer pérennement dans la durée.

 


Auteur : Marina Barthe, Optométriste

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